covid-19
Vivre à Oxford

La vie à Oxford avec le COVID-19

Vous avez été nombreux cette semaine à prendre de nos nouvelles, inquiets de notre sort en Angleterre avec la pandémie de COVID-19. J’écris donc cet article pour vous raconter un peu comment ça se passe pour nous ici. Bien que, comme tout change tellement vite, notre situation sera peut-être différente d’ici quelques jours.

Le jour où j’ai commencé à m’inquiéter

Je ne sais pas vraiment par où démarrer. Du coup, je vais partir du moment où j’ai pris conscience de la gravité de cette pandémie. Tard, je dois l’avouer, mais en même temps tôt comparé à l’état d’esprit ambiant du pays dans lequel j’habite. Début mars, j’ai commencé à percuter. Avant ça, pour être très honnête, ma principale préoccupation était de savoir si nos voyages des prochains mois allaient pouvoir être maintenus.

Et puis, la France a été violemment frappée. En particulier, le Haut-Rhin, le département où toute ma famille et mes amis vivent. Et puis des proches ont commencé à être malades. Et là, d’un coup, ce fichu virus a pris une nouvelle dimension. Comme s’il fallait être touché de près pour prendre conscience du danger…

À partir de ce moment-là, j’ai commencé à me sentir complètement en décalage avec les gens autour de moi. Ce qu’il faut comprendre, c’est que nous ne sommes pas au même stade ici qu’en France. L’épidémie a une ou deux semaines de décalage. Donc, jusqu’à peu, personne ne réalisait vraiment ce qui allait nous tomber dessus.

Un gouvernement à côté de la plaque

Si les gens sont si inquiets pour nous, c’est parce que, vue de l’extérieur, la façon dont Boris Johnson gère la crise semble aberrante. Qu’on se le dise de suite, c’est aussi le cas vu de l’intérieur. Je ne vais pas faire l’historique précis des mesures ou plutôt de l’absence de mesures des derniers jours/semaines, mais je vais juste souligner quelques points.

Je sais qu’en France, beaucoup se plaignent d’Emmanuel Macron comme président en général et de son manque de réactivité face à la propagation du virus en particulier. Eh ben les gars, moi, Manu, je vous l’échange quand vous voulez contre Boris. Depuis plusieurs semaines, nous avons suivi de près leurs allocutions respectives. C’est juste hallucinant d’observer la différence tant dans le fond que dans la forme.

Le 3 mars dernier, notre fabuleux Premier ministre a expliqué en conférence de presse qu’il était allé à la rencontre de patients atteints du COVID-19 dans un hôpital et qu’il avait serré les mains de tout le monde. Voilà. Qu’est-ce que vous voulez faire quand l’homme à la tête du pays balance de pareilles absurdités ? D’après lui, l’essentiel serait de se laver les mains et il n’y aurait pas de soucis.

Notre incroyable Bojo a aussi été foutu de dire le 12 mars que, d’après le conseil scientifique, le fait d’interdire la tenue d’événements rassemblant du public n’aurait qu’un effet limité sur la propagation de virus. Il est revenu sur ces propos le lendemain en annonçant l’annulation des grandes manifestations à venir.

L’idée lumineuse de base du gouvernement, c’était de créer une herd immunity (immunité collective). Le principe, c’est d’attendre que suffisamment de personnes soient infectées par le virus. Au bout d’un moment, tant de personnes ont été infectées et, si elles survivent, deviennent immunisées, que l’épidémie se dissipe d’elle-même à mesure que le virus a de plus en plus de mal à trouver un hôte. Brilliant dit comme ça, un peu moins quand on considère les milliers (millions ?) de morts pour y arriver à cette immunité collective. Sachant qu’en plus, à ce stade, les scientifiques n’ont aucune certitude sur le fait qu’il est impossible d’attraper plusieurs fois le COVID-19. Sans compter que pas un pays dans le monde n’a choisi de faire ce stupide pari sur la vie des gens.

Les mesures prises

Bon, je vous rassure, entre temps, le gouvernement semble avoir adopté une autre stratégie puisque des mesures ont été prises. Les écoles ont fermé vendredi en fin de journée. Elles resteront ouvertes uniquement pour les enfants des key workers, les travailleurs essentiels au fonctionnement du pays. Les pubs, restaurants, salles de sports, cinémas ou autres théâtres ont clos leurs portes samedi soir. Mais pour les autres commerces, aucune fermeture n’a été imposée. Beaucoup de magasins (hors alimentaire) prennent eux-mêmes l’initiative de fermer leurs portes, mais pas tous.

La dernière grande mesure annoncée, c’est que 1,5 million de Britanniques considérés comme population à risque vont devoir rester confinés à leur domicile durant 3 mois. Mais ce qui est complètement absurde, c’est que ceux qui habitent dans le même foyer ne seront pas soumis à ce confinement. En gros, 1,5 million de personnes vont être mises au ban de la société pendant plusieurs mois, sans être vraiment protégées du virus.

Social distancingDe manière générale, le gouvernement compte beaucoup (trop) sur le social distancing, le fait de rester à 2 mètres de distance des autres pour arrêter la propagation.

De même, nos élus espèrent que les gens vont rester un maximum chez eux de leur plein gré pour leur éviter d’imposer un confinement. Mais c’est bien sûr improbable. Il y a par exemple un exode massif des citadins anglais vers l’Écosse pour échapper au virus.

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Du côté de l’Université

Sur le plan professionnel, nous sommes avec Mathieu dans deux situations différentes.

L’employeur de Mathieu (l’Université d’Oxford) a compris très tôt la gravité de l’épidémie. Dès fin janvier, il a commencé à recevoir des mails à propos du virus. Il faut dire que dans son milieu, beaucoup de chercheurs sont amenés à voyager, y compris en Chine. Du coup, il a rapidement été sensibilisé aux recommandations sanitaires. Depuis plusieurs semaines, lui et ses collègues se sont préparés à travailler depuis la maison.

Il est en télétravail depuis lundi dernier, et n’ira au laboratoire que très ponctuellement. Il n’a aucune inquiétude à avoir concernant son emploi comme son salaire vient d’un financement déjà obtenu par son laboratoire.

Du côté de mon entreprise

Ma situation est, malheureusement, bien différente. Mon entreprise n’a pris la mesure de la crise que très récemment.

Teletravail À titre de comparaison, chez Mathieu, la première vraie réunion de crise a eu lieu le 4 mars. Notre entreprise, elle, l’a fait le 16 mars. J’ai tenté d’alerter à mon petit niveau, mais sans grand succès. Difficile d’avoir de l’écho face à la minimisation du gouvernement britannique. Heureusement, ma manager a été sensible à mes propos. Grâce à ça, l’ensemble du service marketing a commencé le télétravail dès jeudi dernier, une démarche, à ce moment-là, plutôt atypique dans mon entreprise.

Concernant la sauvegarde de mon emploi, l’avenir est incertain. Travaillant pour une société de transport en commun, nous sommes gravement affectés par les événements. Avec la baisse importante du nombre de passagers, l’entreprise a dû prendre la décision de réduire les fréquences des services, et de ce fait de mettre en vacances obligatoires un certain nombre de chauffeurs de bus.

Pour l’instant, au niveau de la communication, nous avons beaucoup de travail. Mais pour combien de temps, c’est toute la question. Tous nos projets à venir ont été mis sur pause, donc si la crise dure comme c’est prévu des semaines voire des mois, ça risque de commencer à être compliqué. Des sacrifices seront certainement à l’ordre du jour…

Un plan de sauvegarde de l’emploi commence à prendre forme au niveau national. Espérons que les mesures seront aussi fortes que celles engagées en France.

La vie au quotidien

Sinon au quotidien, comme un peu partout, les magasins sont dévalisés. À vrai dire, le panic buying comme on l’appelle ici a commencé très tôt. Chez nous, ça fait assez longtemps que le papier toilette est devenu une denrée rare. Nous sommes allés faire les courses ce weekend. Pour multiplier nos chances, nous avons chacun fait un magasin différent.

Résultat, des restrictions sont maintenant en place afin d’éviter le stockpiling (le stockage). Au Aldi, le magasin était plutôt bien approvisionné. Bon, par contre, les rayons viande et conserves étaient pratiquement vides, et certains produits manquaient à l’appel comme depuis plusieurs jours: papier toilette, produits nettoyants, lait longue conservation, pâtes, oeufs… Mathieu, lui, est allé dans le grand Sainsbury’s près de chez nous, une des principales chaînes de supermarchés du pays. Là, c’est simple, une grande partie du magasin était vide. Donc, en gros, actuellement pour faire ses courses, le mieux c’est d’aller dans des plus petites enseignes.

Sainsbury's

Autrement, c’est assez étrange pour nous. Notre pays n’est pas en confinement, du moins, pas encore. Mais j’ai parfois presque tendance à l’oublier. J’ai par exemple mis mon abonnement à la salle de sport en pause il y a une semaine, et nous limitons déjà nos déplacements au minimum. En soi, nous pourrions voyager où nous voulons dans le pays, nous rendre à une grosse fête avec plein de gens, aller chez le coiffeur… Mais ça nous paraîtrait complètement aberrant de le faire. Ça me semble être notre responsabilité en tant qu’individu de rester à la maison, qu’importe si le gouvernement ne prend pas les mesures nécessaires. Nous avons mis un trait sur nos si attendues vacances au Pays de Galles en avril et nous n’avons aucune idée de quand nous pourrons retourner en France.

Sport maisonC’est comme ça, il va falloir accepter de mettre nos vies sur pause pendant un moment. L’idéal est d’en prendre le meilleur parti.

Pour ma part, je découvre les joies de passer maximum 5 minutes dans la salle de bain avant d’aller travailler dans mon salon, de faire des séances de sport à tout bout de champ et d’avoir du temps, tout simplement. Bon, et forcément, ça m’arrive de péter des câbles aussi. Courage à tous !

STAY AT HOME – STAY SAFE

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