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Expatriation

De la difficulté d’être soi-même en anglais

Quand on y pense, la manière dont nous nous exprimons, le choix des mots et expressions que nous employons, font pleinement partie de qui nous sommes. Partant de ce constat, comment être soi-même dans une langue qu’on ne maîtrise pas ?

Tu speak ou tu speak pas english ?

Dans un article précédent, je vous parlais de cette chimère qu’est, à mon sens, le fait de devenir bilingue. Eh oui, entre parler bien une langue et la maîtriser totalement, il y a un gouffre que je ne suis pas près de franchir. Surtout que je suis déjà bien trop occupée à traverser le fossé entre baragouiner en anglais et m’exprimer correctement.

Bref, tout ça pour dire que si j’arrive à présent à me débrouiller dans la plupart des situations, ça reste dans un anglais assez basique. La plupart du temps, je vais à l’essentiel, je zappe les explications qui pourraient être laborieuses, j’utilise le vocabulaire que je connais.

Je parle donc je suis

Je ne m’exprime donc pas du tout de la même manière en français qu’en anglais. J’ai toujours apprécié la langue française. J’aime les beaux mots, les expressions imagées, les tournures des phrases audacieuses.

Mathieu a tendance à se moquer de moi, car même si nous sommes ensemble depuis bientôt 10 ans (10 ans ??!!!), il arrive encore que je lui sorte un mot qu’il n’a jamais entendu et dont, à son avis, la place aurait dû rester au Moyen Âge. De même, j’aime bien les expressions et proverbes qui peuplent ma merveilleuse langue maternelle. Et à chaque fois, il croit que c’est moi qui les invente../ Alors que bon tout le monde connaît « C’est le pompon sur la Garonne », non ?

Au-delà des mots, il y a la manière de les prononcer. J’adore apporter une touche d’humour lorsque je parle de manière générale. Ceux qui me connaissent savent également que l’ironie est un de mes hobbys favoris (oui, je sais aussi faire des rimes). Tout ça pour dire que ma façon de parler est clairement un des éléments qui compose ma personnalité.

Basique, simple, simple, basique

Reprenons le fil de mon raisonnement. Si je ne maîtrise pas l’anglais et que le fait d’être soi-même passe par la maîtrise de langue… Comment être qui je suis vraiment ici, en Angleterre ?

Je crois que cette problématique a de réelles répercussions sur mes rapports aux autres. Je ne dis pas qu’elles sont forcément négatives. Mais je pense qu’ici, personne ne me perçoit vraiment tel que je suis en réalité. J’ai l’impression d’être une version de moi plus lisse, moins piquante, beaucoup plus polie.

Vous n’imaginez pas le nombre de fois où j’ai voulu sortir une phrase élaborée, subtile, ironique, voire les trois à la fois, et que ça c’est transformé en un « Yeah, you know… yeah... » Je dois avouer que ça a un côté très frustrant. Et j’ai le sentiment que cette frustration est grandissante. Ça peut paraître complètement illogique, puisque plus le temps passe, plus mon niveau s’améliore.

Mais justement ! Lorsque nous avons emménagé, j’étais tellement mauvaise en anglais que dès que j’arrivais à aligner trois mots, je voulais sonner le glas de la victoire ! Maintenant que je me débrouille beaucoup mieux, je suis aussi plus exigeante envers moi-même. Quand je fais des réponses ultras basiques avec des adjectifs niveau 6e, je me flagelle intérieurement (intérieurement, parce que sinon ça ferait sans doute peur aux gens). Donc vous imaginez bien que se lancer dans l’humour ou l’ironie par exemple, c’est compliqué.

À l’inverse, quand je discute avec des Français ou que j’appelle mes proches en France, c’est si facile ! Tous mes tics de langage reviennent au triple galop.

Que le spectacle commence !

Mais la différence avec ma manière de parler habituelle ne s’arrête pas là.

C’est Mathieu qui me l’a fait remarquer, et il ne manque bien sûr pas une occasion pour me chambrer. Quand je parle anglais, il paraît que je n’ai pas du tout la même voix ni le même comportement. Selon les dires de mon cher et tendre, j’ai une attitude un peu théâtrale. Un peu comme si j’étais en perpétuelle représentation et que ce que je jouais un texte en y m’étant beaucoup d’emphase. Bon, moi je pense que Mathieu est juste jaloux parce que je commence presque à m’exprimer mieux que lui !

En revanche, je me suis déjà rendu compte qu’en anglais que je parlais souvent avec des variations de tons, passant, sans le vouloir, d’une voix grave à des pointes assez aiguës. Ce qui peut donner un résultat auditif assez surprenant.

Enfin bref, j’arrête là avec mes réflexions existentielles. Mais si vous souhaitez rencontrer la Elia version bis, n’hésiter pas à venir la voir à Oxford (bon, du coup, il faudra lui parler en anglais).

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